En Île-de-France, un oiseau discret s’efface à vue d’œil. Vous pensiez connaître tous les moineaux ? Le moineau friquet est en danger critique. Dans le nord de la Seine-et-Marne, la LPO tente de ralentir une véritable hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.
Voir le sommaire
Un déclin stupéfiant : des chiffres qui donnent le vertige
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis les années 1990, la population francilienne de moineaux friquets est passée d’environ 30 000 couples à seulement 150 aujourd’hui. Entre 2021 et 2025, les observations ont même enregistré une chute de 89 %. C’est une disparition rapide et préoccupante.
Ce n’est pas qu’une statistique abstraite. Derrière ces nombres, il y a des colonies qui s’éteignent et des niches vides qui parlent d’un paysage qui change.
Pourquoi cette espèce disparaît-elle ?
Le moineau friquet n’est pas un simple cousin urbain du moineau domestique. Il vit à la frontière entre villages, champs et bâtisses anciennes. Il niche dans des cavités : murs de fermes, bâtiments agricoles désaffectés, combles ouverts.
Lorsque les vieux édifices sont rénovés ou nivelés, ces cavités disparaissent. Parallèlement, le paysage agricole s’est uniformisé. Les haies se réduisent, la strate herbacée décline. Résultat : moins d’insectes disponibles pour nourrir les oisillons.
Autre point crucial : les adultes sont essentiellement granivores mais demandent des insectes pour élever leurs jeunes. Moins d’insectes, moins de jeunes survivants. Ajoutez la prédation et quelques accidents, et les petites colonies de 2 ou 3 couples ne tiennent pas longtemps.
Saint-Mesmes : un chantier pilote qui fait sens
Le nord de la Seine-et-Marne reste un des derniers bastions. On recense des colonies à Saint-Mesmes, Messy, Oissery ou au Mesnil-Amelot. Dans d’autres départements d’Île-de-France, les colonies se comptent sur les doigts d’une main.
À Saint-Mesmes, la LPO a concentré des efforts ciblés. Le résultat : une colonie d’environ quinze couples. C’est modeste, mais c’est un progrès comparé à des colonies qui tombent à 2 ou 3 couples.
Les solutions mises en œuvre par la LPO
Face à l’urgence, la Ligue pour la Protection des Oiseaux agit sur plusieurs fronts. En 2024, l’association a mobilisé ses bénévoles pour recenser les colonies restantes. Les constats ont servi à bâtir un plan d’action concret.
- Installation de nichoirs sur des murs agricoles pour compenser la perte des cavités naturelles.
- Plantation de haies et restauration de la strate herbacée pour recréer un paysage favorable.
- Dialogue avec les communes et les agriculteurs pour obtenir des autorisations et des terrains sans frais pour eux.
Ces mesures sont simples. Elles demandent du temps et de la coordination. Mais elles portent déjà leurs fruits sur des sites où la LPO intervient régulièrement.
Pourquoi votre implication compte
La LPO ne peut pas agir seule. Les municipalités, les agriculteurs et les bénévoles sont essentiels. Un nichoir posé au bon endroit change la donne. Une haie plantée crée un corridor pour les insectes et pour les oiseaux.
Si vous habitez une commune concernée, vous pouvez aider sans dépenser. L’association prend en charge la pose des nichoirs et organise les plantations. Elle recherche aussi des bénévoles pour inventorier les colonies et entretenir les sites.
Que faire dès maintenant ?
Vous pouvez commencer par signaler toute présence de moineaux friquets à la LPO locale. Si vous êtes élu municipal, proposez des espaces pour poser des nichoirs. Si vous êtes agriculteur, acceptez l’installation sur vos bâtiments et envisagez des haies en lisière de parcelle.
Plus l’action est rapide et coordonnée, plus la chance de sauver ces oiseaux augmente. Le temps presse, mais il reste des leviers simples à activer.
Un dernier mot
Voir réapparaître le chant discret d’un moineau friquet sur un mur de ferme est un petit miracle. Ce miracle, il est accessible. Il suffit d’installer quelques nichoirs, de planter des haies et de partager l’information.
La LPO continue de chercher des partenaires et des mains pour agir. Si vous voulez contribuer, n’attendez pas. Chaque couple sauvé compte.


